Note de contexte : J’étudie le bouddhisme depuis début juillet (2024). Je pratique la méditation assise (Shamatha principalement) et la marche contemplative (de Thich Nhat Hanh) de façon quotidienne. J’ai participé à deux séjours en monastères : le premier, dans le bouddhisme tibétain de lignée Nyingma et le deuxième, dans le bouddhisme Zen Sôtô japonais.
Comme d’habitude, cet article est le reflet de ma façon de penser du 17/10/2024. Le changement est constant, mais je pense que c’est intéressant de partager et « graver » ce que j’étais à cette période. Peut-être ça sera utile à ceux qui passeront par la même chemin.
Ce matin, je méditais dans la forêt.

Prenez un moment pour analyser la phrase précédente.
Prenez un moment pour regarder les pensées qui vont ont traversés l’esprit pendant que vous avez lu cette phrase, puis pendant le moment ou vous l’avez analysé.
Selon la personne, et je dirais de façon provocatrice, mais vraie, son karma : les pensées sont différentes. Beaucoup ne vont rien penser, la phrase est neutre.
Certains vont éprouver de la joie pour la liberté qui m’a été donnée. Ou parce qu’ils savent que je me soigne, que je vais mieux, et que j’accède au bonheur pour être plus en paix et en harmonie avec le reste du monde. La sensation est agréable.
D’autres vont eprouver de la jalousie du fait que j’ai le temps de méditer, du fait que je dise que je médite, du fait que j’ai accès à une forêt ou simplement parce qu’ils s’imaginent que je dis ça dans le but de me faire mousser.
Tout ça vous appartient, et montre qui vous êtes. Vous ne pouvez vraiment savoir qui je suis et pourquoi je dis tout ça. Vous ne pourrez pas le savoir, jamais. Tout comme je ne sais pas qui vous êtes, et je ne le saurais jamais. Il faudrait que vous viviez ma vie, entièrement, dans tous ces détails, pour comprendre ce qu’il se passe dans mon esprit lorsque je partage tout ce que je partage.
Un outil intéressant que j’ai longtemps sous-estimé est le 3ème accord toltèque : « Ne faites pas de suppositions ». Vous ne savez pas, alors pourquoi créer un monde négatif, qui n’existe probablement que dans votre esprit ? Un monde positif est plus souhaitable, mais il n’est pas exempte de défaut (la foi aveugle en est un).
Dans vous, je m’inclus moi aussi. Je me permets de dire tout ça car je l’ai vécu et je le vis encore, mais de moins en moins.
Soyons vigilant à nos pensées. Elles ne sont pas qui nous sommes profondément, mais nous sommes ce que nous en faisons.
Parfois, c’est plus difficile de pratiquer Shamatha, le calme mental, que d’autres fois. Les pensées surviennent, et on les agrippe. On suit le film que nos pensées nous tentent de suivre.
De plus en plus, mes pensées sont positives, utiles, bienveillantes. Elles sont de moins en moins des ruminations, de la colère, de la tristesse, du jugement.
On pense souvent que bienveillance signifie léthargie dans la joie : « Tout va bien, je vais bien » comme disait Dany Boon.
Être bienveillant, c’est vouloir le meilleur pour l’autre. Ou pour citer directement la définition : « La bienveillance est la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui »
Vouloir le bien et le bonheur d’autrui ne signifie pas être mielleux, hypocrite, acceptant tout de l’autre.
La figure du bouddha Vajrapani, que j’affectionne particulièrement, l’illustre assez bien. Il fait partie de :
la trilogie des qualités de l’Eveil qu’il incarne avec Avalokiteśvara (la compassion) et Manjushri (la connaissance)
ce « trio » représente la volonté d’aider (Aloekiteshvara : la compassion), comment aider (Manjushri : la sagesse) et de pouvoir le faire (Varjapani : la puissance)
L’éveil, à mesure que j’en apprends plus sur ce concept, me semble intimement lié au fait d’affronter la réalité du monde et de se qui s’y passe, mais aussi de ce que nous sommes intérieurement.
Malgré ce que nous pensons, nous sommes très loin d’être de bonnes personnes, éveillées, et agissant pour le bien de soi et des autres. Chacune de nos actions, quand on médite dessus, c’est à dire qu’on prends le temps d’y réfléchir, sans distraction, est poussée par le désir, le dégoût ou (inclusif) l’ignorance.
Dans le bouddhisme, on appelle ce trio « les trois poisons ». On les nomme plus précisément ainsi : convoitise/avidité, aversion/haine et ignorance/égarement.
L’éveil et l’illumination sont différents selon les traditions bouddhistes. Voici ce que Claude 3.5 Sonnet nous apprends :
Votre demande de multiples perspectives sur la différence entre l’éveil et l’illumination est très pertinente, car elle reflète la richesse et la diversité des traditions bouddhistes. Voici un éventail de perspectives possibles, en tenant compte des différentes écoles et interprétations :
- Perspective Theravada :
- Éveil : Souvent appelé « bodhi », considéré comme un processus graduel avec quatre étapes distinctes (sotapanna, sakadagami, anagami, arahant).
- Illumination : Pourrait être vue comme l’état d’arahant, la réalisation finale.
- Approche Mahayana :
- Éveil : Peut être vu comme la réalisation de la vacuité (sunyata) et le début du chemin du bodhisattva.
- Illumination : L’état de bouddha pleinement réalisé, avec la sagesse et la compassion parfaites.
- Perspective Zen :
- Éveil : Souvent appelé « satori », moments de réalisation soudaine.
- Illumination : Intégration complète du satori dans la vie quotidienne, parfois appelée « grande mort ».
- Vue Vajrayana :
- Éveil : Reconnaissance initiale de la nature de l’esprit.
- Illumination : Réalisation complète du Mahamudra ou du Dzogchen.
- Interprétation graduelle vs soudaine :
- Éveil : Série d’insights progressifs.
- Illumination : Réalisation soudaine et complète.
- Perspective basée sur les skandhas1 :
- Éveil : Compréhension de l’impermanence et du non-soi des cinq agrégats.
- Illumination : Dissolution complète de l’attachement aux skandhas.
- Vue basée sur les obstacles :
- Éveil : Élimination des obstacles grossiers (Kleshas).
- Illumination : Élimination de tous les obstacles subtils à la connaissance.
- Approche de la Terre Pure :
- Éveil : Naissance dans la Terre Pure d’Amitabha.
- Illumination : Réalisation finale atteinte dans la Terre Pure.
- Perspective Nichiren :
- Éveil : Récitation du daimoku avec foi.
- Illumination : Manifestation complète de sa nature de Bouddha.
- Vue non-dualiste :
- Pas de distinction réelle entre éveil et illumination ; tous deux sont des concepts à transcender.
- Perspective basée sur la compassion :
- Éveil : Développement de la bodhicitta (esprit d’éveil).
- Illumination : Actualisation complète de la compassion universelle.
- Approche cognitive :
- Éveil : Compréhension intellectuelle des Quatre Nobles Vérités.
- Illumination : Réalisation expérientielle complète de ces vérités.
- Vue tantrique :
- Éveil : Initiation et pratique des sadhanas.
- Illumination : Union complète avec la déité de méditation.
- Perspective des paramitas2 :
- Éveil : Pratique des six ou dix perfections3.
- Illumination : Maîtrise complète de toutes les paramitas.
- Approche de la nature de Bouddha :
- Éveil : Reconnaissance de sa nature de Bouddha innée.
- Illumination : Manifestation complète et constante de cette nature.
- Vue basée sur le karma :
- Éveil : Purification du karma négatif.
- Illumination : Transcendance complète du karma.
- Perspective de l’interdépendance :
- Éveil : Compréhension de l’origine interdépendante.
- Illumination : Réalisation complète de l’interconnexion de tous les phénomènes.
Cette diversité de perspectives montre la richesse des traditions bouddhistes et les nombreuses façons d’aborder et de comprendre le chemin spirituel. Il est important de noter que ces distinctions sont souvent plus théoriques que pratiques, et que de nombreux enseignants encouragent à se concentrer sur la pratique elle-même plutôt que sur les concepts.
Quelle perspective résonne le plus avec votre expérience ou votre compréhension actuelle ? Y a-t-il une approche particulière que vous trouvez particulièrement éclairante ou intrigante ?
On voit que les concepts de l’éveil et de l’illumination sont assez flous et diversifiés, même au sein du bouddhisme. Accéder à ces états semble pouvoir être atteint par divers chemins. Chaque personne étant unique, ça fait sens qu’il y ait plusieurs offres à une même demande.
De mon côté, je vois l’éveil comme quelque chose de constant, et qui est touché du doigt, au moins, par la pratique de la méditation, de la marche en pleine conscience et de l’intégration des enseignements du Bouddha (remplacez votre religion ou vos croyances fondamentales ici) dans la vie quotidienne, à chaque instant.
La méditation Shamatha, ou méditation de la tranquillité, est souvent considérée comme accessible aux débutants car elle se concentre sur le développement de l’attention et du calme mental. Elle peut être pratiquée avec des instructions de base, bien qu’une guidance soit bénéfique pour approfondir la pratique.
La méditation Vipassana, ou méditation de la vision pénétrante, demande généralement une base de stabilité mentale (souvent développée par Shamatha) et implique une compréhension plus approfondie des objets de méditation et des techniques d’observation. Elle bénéficie grandement d’instructions précises et d’une connaissance des enseignements bouddhistes sur la nature de l’esprit et de la réalité.
Sans support pour guider nos pensées et les comprendre, nous sommes livrés à notre propre interprétation, qui est elle-même issue de notre karma/expérience de vie et donc…probablement erronée.
Le Dhammapada, par exemple, est un formidable support, pour moi, de méditation et d’intégration dans la vie quotidienne. Symboliquement, il y aurait 84 000 enseignements, qui seraient adaptés à la diversité de l’humanité et le Dhammapada en ferait partie.
Ce texte fait partie du canon bouddhique pali, qui est le fondement de la tradition Theravada. Le Theravada est considéré comme l’une des écoles bouddhistes les plus anciennes encore existantes, s’efforçant de préserver les enseignements originaux du Bouddha tels qu’ils ont été transmis dans la langue pali.
Je vous encourage à écouter ou lire le Dhammapada, avec un esprit ouvert. Ce qui est dit à l’intérieur est d’une sagesse profonde. Ce n’est pas un énième code moral, fait par une personne ordinaire.
Souvent, lorsqu’on entend parler d’un courant, d’une branche ou de la religion, on se dit que ce sont des divagations ou des refuges de gens en détresse. C’est peut-être vrai en France, mais quand on apprend que le bouddhisme Theravada est pratiqué par 94,6% de la population Thaïlandaise, on peut commencer à se demander si notre éducation judéo-chrétienne soupoudrée de nihilisme, d’absurde et de relativisme moral n’est peut-être pas ce qui rends notre monde occidental si…perdu, individualiste et dans une catastrophe sanitaire concernant les affections mentales.

Pour abréger cet article, l’éveil me semble être le bon mot, un éveil, un processus…non un réveil brutal après des années de pratiques dures et intensives, mais une compréhension de la vie petit à petit, comme on apprendrait de l’histoire ou de la science. Vous pouvez atteindre le début de l’éveil rapidement, en pratiquant la méditation et en comprenant les quatre nobles vérités et le noble chemin octuple. Ca vous permettra d’être plus présent au monde, de mieux vous comprendre et comprendre les autres, pour réduire la souffrance en vous et autour de vous.
Le titre de mon article parlait de la difficulté de la vérité car l’éveil nous met face à la difficulté d’accepter comment nous fonctionnons et comment notre monde fonctionne. Chaque fois que vous réalisez que ce que vous croyiez était faux, ou que vos actes et paroles n’étaient pas corrects (entendre : a engendré de la souffrance) vous vous éveillez. C’est aussi simple que ça. L’intégration de cette compréhension dans notre être est la prochaine difficulté, mais la compréhension du non-juste est primordiale.
Le bouddha historique, Siddhartha Gautama, a lutté durement et s’est perdu dans sa recherche de l’éveil et de l’illumination. Il a fait 6 ans d’ascétisme extrême avant de dire que ça n’était pas le chemin. Il a enseigné le reste de sa vie pour nous donner le manuel vers l’éveil et l’illumination, il nous reste à :
- Etudier ses enseignements (parcours du combattant pour faire le tri entre le grain et l’ivraie, j’écrirais un article là dessus)
- Pratiquer la méditation pour avoir un temps dédié à l’analyse de notre esprit et de comment il se comporte
- Comprendre que le bonheur se trouve dans l’instant présent et nul part ailleurs, quelles que soient les conditions de cet instant présent
- Pratiquer ce qu’on apprends et qui résonne profondément en nous, détaché de l’avidité, de la haine et de l’ignorance, de façon quotidienne
Alors l’éveil vient, petit à petit, et de plus en plus intensément. Je ne crois pas à une illumination ultime, dans le sens de tout savoir, tout comprendre, pour le moment, car il y a toujours des choses que nous croyons qui s’avèrent être fausses, même si on pense être arrivé à comprendre la base de nos croyances…c’est la beauté des sciences et de la découverte. Chaque jour, nous découvrons de plus en plus vite, nous donnant l’opportunité de plus en plus rapide de réactualiser nos croyances. Nous mourrons et nous renaissons, avec une vision différente du monde.
Peut-être que ça signifie aussi que l’illumination ultime s’éloigne à mesure que nous augmentons notre capacité à comprendre le monde…et c’est peut-être tant mieux ! Les illusions sont détruites pour faire place aux vérités de l’univers, toutes impermanentes.
- Les cinq agrégats ou facteurs (pañcaskandhī) psychophysiques constitutifs de l’individu: la forme corporelle (rūpa), la sensation (vedanā), la perception (saṃjñā), la formation mentale (saṃskāra) et la prise de conscience active ↩︎
- Vertus transcendantes ↩︎
- Dāna pāramī : générosité, don
Sīla pāramī : vertu, moralité
Nekkhamma pāramī : renonciation, non-attachement
paññā pāramī : sagesse transcendante
Viriya pāramī : énergie, effort
Khanti pāramī : patience, tolérance
Sacca pāramī : honnêteté, sincérité
Adhiṭṭhāna pāramī : détermination, résolution
mettā pāramī : amour bienveillant
upekkhā pāramī : sérénité, équanimité ↩︎