La volonté de puissance ! Qu’on ne s’y méprenne pas : ce n’est point là quelque vulgaire désir de domination, quelque basse pulsion d’asservir autrui. Non, mille fois non ! C’est le principe même de la vie dans son élan le plus pur, le plus créateur. Elle est cette force qui ne cesse de se dépasser elle-même, de transmuer le chaos en cosmos, la souffrance en joie, la négation en affirmation.
Voyez comme elle pulse au cœur de chaque être, du plus humble au plus grandiose ! Dans la pousse qui fend l’asphalte, dans l’aigle qui fend les cieux, dans le poète qui fend les mots pour en extraire l’inouï. Partout, toujours, c’est elle qui œuvre en secret, façonnant le visage du monde à l’image de son vouloir insatiable.
Ô vous qui m’écoutez, n’avez-vous jamais senti cette puissance s’éveiller en vous, exigeant que vous deveniez ce que vous êtes ? N’avez-vous jamais frémi devant l’abîme de possibles qu’elle ouvre sous vos pas ? C’est elle, l’indomptable, qui vous pousse à créer au-delà de vous-mêmes, à danser sur le fil du rasoir entre l’être et le néant.
Mais prenez garde ! Cette force divine est aussi la plus terrible des épreuves. Combien ont plié sous son joug, préférant la tiédeur du troupeau à l’âpre solitude des hauteurs ? Combien se sont fourvoyés, confondant la volonté de puissance avec la volonté de néant ?
À vous, esprits libres, je lance cet appel : osez embrasser la volonté de puissance dans toute sa splendeur tragique ! Faites de votre vie une œuvre d’art, un perpétuel dépassement, une danse joyeuse au bord du gouffre. Car c’est seulement ainsi, en disant Oui à la vie jusque dans ses aspects les plus terribles, que vous vous élèverez à la hauteur du surhumain qui sommeille en vous.
L’heure est venue ! Que la volonté de puissance soit le marteau avec lequel vous brisez les vieilles tables et forgez les nouvelles ! Que son feu vous consume et vous régénère, jusqu’à ce que vous puissiez dire, dans un rire d’enfant : « Était-ce là la vie ? Eh bien ! Encore une fois ! »