
Des voisins agriculteurs et éleveurs, avec qui je partageais un café, sont clairement surmenés. J’ai remarqué ça la semaine dernière (nous sommes le 14/06/2024) et j’ai proposé mon aide, car je remonte la pente doucement mais sûrement.
J’arrive à prendre ma douche, j’ai réussi à me raser hier, et je fais mon lit. C’est encore très fragile, et ça paraît ridicule, mais c’est ainsi. Je n’ai aucun intérêt à être dans un tel état, malgré ce que certaines personnes pensent. J’ai toujours été très actif, et j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie.
Mais depuis le début de ma dépression en 2016, j’ai doucement mais sûrement coulé, et une partie de mon entourage sur qui je pensais pouvoir compter, à utiliser mon état pour détruire ce qu’il restait de vivant en moi.
Depuis deux ans, j’essaye d’avoir justice et de remonter la pente. Le parcours est très difficile, dans un climat très sceptique envers les « victimes » et les personnes affectées par la dépression (la mienne est appelée « bas niveau », auparavant nommée « dépression a haut niveau de fonctionnement » mais elle avait une connotation du même type que « surdoué »).
La maladie ne se voit pas vraiment, et même si elle se voit, elle est confondue avec la « flemme ». Une personne n’ayant jamais vécu de dépression aura beaucoup de mal à comprendre, mais pour l’image, j’encourage à se souvenir d’une journée très chargée et frustrante, épuisante, et devoir faire des tâches qui paraissent contraignantes, à l’heure d’aller se coucher.
C’est environ la sensation que je ressens en me réveillant et sur des tâches aussi anodines que prendre sa douche. Parfois, il me faut 2 heures de concentration pour pouvoir faire une tâche ridicule.
Mais je me force et je continue de lutter, autant que possible, sachant que c’est une maladie qui est très difficile à comprendre pour l’entourage.
Également, elle entraîne, à cause de cette fatigue intense, beaucoup de perte de patience sur la frustration. Le contrôle de soi, comme vous l’avez tous vécu lorsque l’on est très fatigué et épuisé, est extrêmement difficile.
Mon cerveau, cependant, fonctionne pour essayer de m’en sortir. J’ai des idées et des solutions, même si c’est souvent entre-coupé de plusieurs jours où je me retrouve incapable de sortir de mon lit, par certains traumatismes qui reviennent souvent pendant la nuit. L’inconscient travaille beaucoup dans les rêves, et j’ai souvent des insomnies, soit je ne peux fermer les yeux au coucher, soit je me réveille dans des cauchemars intenses, qui viennent de ruminations du passé. C’est assez courant que je me réveille dans cet état à 3h du matin ou plus tard, et que je ne puisse plus me rendormir.
La fatigue naturelle quand on a mal dormi rend les choses encore plus difficiles, comme vous vous en doutez, en plus de briser les tentatives de retrouver des rythmes de sommeil normaux.
Tout ça pour dire que je remonte la pente, petit à petit. J’essaye de me trouver maintenant un encouragement pour sortir le matin et reprendre un rythme normal afin de pouvoir reprendre un travail et une activité.
Le fait d’aider les autres m’a toujours permis de trouver des ressources en plus. Le fait de me voir dans le mari du couple de paysans, clairement surmené et n’ayant plus beaucoup de contrôle sur ses émotions, fait que ça me rappelle ma vie et à quel point le fait que je n’arrivais plus à bien gérer mes émotions ait précipité ma chute.
Les gens ne voient pas quelqu’un en souffrance, mais quelqu’un de colérique. C’est beaucoup plus facile de juger de cette façon, que de se rappeler qu’en temps normal cette personne n’est pas comme ça ou qu’il y a peut être des soucis auxquels cette personne fait face.
C’est l’humain, malheureusement. Et si il y a de l’argent et du pouvoir au milieu, alors n’en parlons pas. Il n’y a plus d’amis, de proches etc…
On rajoute un soupçon de jalousie, et une image de quelqu’un de résilient qui va s’en sortir de toute façon et ça donne que…c’est une catastrophe dans la vie de la personne qui vit ça.
Tout ça pour dire, que je suis fier d’avoir pu aller aider ces paysans ce matin. Le travail était…proche de la terre, mais je pense que c’est important pour aider ces gens, récupérer ma forme physique, me réadapter au monde, et voir de près ce que vivent nos agriculteurs.
Donc aujourd’hui : atelier nettoyage de la bouse de vache ! Mardi dernier, j’ai accompagné pour faire le comptage des animaux et vérifier que des prédateurs ou du gibier n’aient pas endommagé les biens mais là…on était au coeur du sujet !
Quelques photos, car dans ce climat extrêmement sceptique, vu que tout le monde ment pour un rien ou pour un nom, plus personne ne se fait confiance (à part moi qui était très candide) :


